La DGFiP vient de publier la nouvelle version de son Schéma directeur du numérique (SDNum 2026), 141 pages qui dessinent la feuille de route informatique de la direction pour les mois et années à venir. Derrière les organigrammes et les indicateurs techniques, ce document engage directement les conditions de travail de dizaines de milliers d’agents. La CFTC DGFiP en a pris connaissance et vous propose une lecture des points qui méritent une attention particulière.
Un poids lourd de l’informatique d’Etat, sous tension permanente
Avec plus de 5 000 agents travaillant directement dans les services informatiques, la DGFiP représente plus du quart des effectifs de l’informatique civile de l’État. La direction affiche l’ambition d’augmenter chaque année les effectifs dédiés au numérique, et indique que les recrutements bénéficient à la fois des concours internes et de profils contractuels externes, dans un marché du travail numérique pourtant tendu.
Ces annonces sont bienvenues, mais la CFTC DGFiP restera vigilante sur leur traduction concrète : l’attractivité des métiers informatiques de la DGFiP ne se décrète pas, elle se construit avec des perspectives de carrière lisibles, une reconnaissance salariale à la hauteur des compétences exigées, et un accompagnement réel des agents qui montent en compétence sur des technologies en perpétuelle évolution.
L’intelligence artificielle s’installe, avec une doctrine encore à éprouver
Le déploiement de l’intelligence artificielle occupe une place centrale dans ce schéma directeur. Quatre axes sont annoncés pour 2026 : la mise à disposition d’un assistant IA pour tous les agents, la contribution à la mutualisation de puissance de calcul au niveau interministériel, l’approfondissement de nouveaux cas d’usage métiers, et l’appui à la fabrication logicielle. La plateforme DIANE, IA générative interne à la DGFiP, doit être déployée en 2026 et servira de socle aux futures offres d’IA.
La direction affirme avoir construit une doctrine d’usage de l’IA en co-construction, avec trois documents guides destinés aux utilisateurs, aux concepteurs et aux encadrants, et indique que la feuille de route IA fait l’objet de discussions régulières en instances sociales. C’est un point que la CFTC DGFiP suivra de près : l’IA ne doit jamais devenir un prétexte à l’intensification du travail ou à la suppression de postes sans concertation réelle. Le sujet de l’impact sur les métiers, sur les organisations de travail et sur les compétences requises doit rester au cœur du dialogue social, et pas seulement faire l’objet d’une information descendante.
Cloud, dette technique : une modernisation de fond
Le document détaille également l’orientation vers le cloud, présentée comme une condition désormais quasi systématique pour les nouveaux projets informatiques, avec l’offre interne NUBO et le recours complémentaire à des solutions interministérielles. Parallèlement, la DGFiP affiche une volonté de réduction de la dette technique, c’est-à-dire la modernisation des applications les plus anciennes, dont certaines accumulent retards de maintenance et fragilités.
Ces chantiers de fond, indispensables à la fiabilité du système d’information, ont aussi des conséquences directes sur le quotidien des agents : montée en compétence à organiser, formation à anticiper, et vigilance nécessaire pour que la bascule vers de nouveaux outils ne se traduise pas par des ruptures de service ou une charge de travail supplémentaire mal anticipée.
Des outils RH numériques en expansion
Le schéma directeur recense plusieurs applications dédiées aux ressources humaines et à l’accompagnement des agents : SIGN@LFIP pour le signalement d’incidents, CASOAR pour la gestion des personnels non titulaires, un simulateur de rémunération désormais en ligne, ou encore CAMELIA, qui dématérialise entièrement les inscriptions aux concours. Une nouvelle application, SELECTFIP, gère depuis 2026 les sélections aux grades d’IDIV, d’IP par examen professionnel et d’AFIPA.
La CFTC DGFiP accueille favorablement la simplification des démarches administratives que permettent ces outils, tout en rappelant que la dématérialisation ne doit jamais se substituer à un accompagnement humain de proximité, en particulier pour les agents les moins à l’aise avec le numérique ou confrontés à des situations complexes.
Ce que retient la CFTC DGFIP
Ce schéma directeur confirme une trajectoire engagée depuis plusieurs années : montée en puissance du numérique et de l’IA, modernisation technique continue, et un discours d’accompagnement des agents qui se veut rassurant. La CFTC DGFiP prend acte de ces orientations, mais rappelle que la réussite de cette transformation ne se mesure pas seulement à des indicateurs de déploiement technique. Elle se mesure aux conditions réelles dans lesquelles les agents, qu’ils travaillent dans l’informatique ou qu’ils utilisent au quotidien les outils qui en sont issus, exercent leurs missions.
Nous continuerons à porter, dans toutes les instances où nous siégeons, l’exigence d’un dialogue social effectif sur ces sujets : impact de l’IA sur les métiers, accompagnement au changement, attractivité réelle des filières informatiques, et reconnaissance du travail des agents qui font fonctionner, jour après jour, le système d’information de la DGFiP.
Cinq projets, des années d’impact
Au-delà des grandes orientations numériques de la DGFiP, le Schéma directeur du numérique 2026 met en lumière cinq projets « focus » pour cette année, dont plusieurs s’étirent jusqu’en 2027, 2028, voire 2029. La CFTC DGFiP a passé au crible ces projets pour en tirer les enjeux concrets qui concernent les agents, au-delà du jargon de pilotage.
Facturation électronique et secteur public local : une bascule à marche forcée
À partir du 1er septembre 2026, les entités publiques, opérateurs nationaux comme secteur public local et hospitalier, devront émettre et recevoir leurs factures électroniques via Chorus Pro, avec HELIOS comme pivot. La DGFiP affiche une volonté d’accompagnement et de pédagogie auprès des ordonnateurs locaux.
Cette réforme touche en premier lieu les agents des collectivités et des établissements publics locaux, qui devront s’approprier de nouveaux circuits de facturation, mais aussi les agents DGFiP en lien avec ces structures, en première ligne pour répondre aux interrogations du secteur public local. La CFTC DGFiP demande que cet accompagnement annoncé se traduise par des moyens réels de formation et d’assistance, et pas seulement par une documentation mise à disposition.
NARA : une bascule informatique étalée sur 5 ans
Le projet NARA doit remplacer les applications historiques AMD et JAM, jugées porteuses d’une forte dette technique. Lancé en 2024, son calendrier s’étire jusqu’en 2029 : raccordement au module ACP fin 2026, consultation nationale du compte redevable fin 2027, puis remplacement complet d’AMD et JAM en 2029.
Un projet mené en mode agile sur cinq ans signifie pour les agents du recouvrement des amendes une période prolongée de cohabitation entre ancien et nouveau système, avec les risques de double saisie, de formation à répétition et d’incertitude sur les outils à venir. La CFTC DGFiP sera attentive à ce que chaque palier fasse l’objet d’une information claire et anticipée des services concernés, et que la charge de travail liée à la transition soit prise en compte dans le dimensionnement des effectifs.
Pilier 2 OCDE : une nouvelle mission fiscale internationale
La réforme instaure une imposition mondiale minimale de 15 % pour les grandes entreprises multinationales. En 2026, une nouvelle filière de collecte des déclarations GIR (Global anti-Base Erosion Information Return) s’ouvre dans le système d’information, avec un déploiement qui se poursuit jusqu’en 2027.
Ce projet crée une mission fiscale entièrement nouvelle, à fort enjeu international, qui suppose une expertise spécifique. La CFTC DGFiP rappelle que la création de nouveaux référentiels et de nouvelles obligations déclaratives doit s’accompagner d’un plan de formation dédié pour les agents du contrôle fiscal international, et non d’un simple ajout de tâches sur des fiches de poste déjà chargées.
Langage clair : l’IA générative entre dans le quotidien des agents
Après une expérimentation menée en 2025 auprès de 500 agents dans 32 services, cet outil d’intelligence artificielle, développé et hébergé en interne, qui reformule les réponses aux usagers, est généralisé au deuxième trimestre 2026 à 3 000 agents. Le document souligne un taux d’erreurs « majeures » inférieur à 1 % et présente l’outil comme une « IA frugale », l’agent restant décisionnaire au cas par cas.
C’est l’un des premiers déploiements à grande échelle de l’IA générative en appui direct du travail quotidien des agents en relation avec les usagers. La CFTC DGFiP accueille positivement le principe d’un outil d’aide à la rédaction qui laisse l’agent maître de la validation finale, mais restera vigilante sur deux points : que cette généralisation ne devienne pas, à terme, un objectif de productivité déguisé, et que la responsabilité de l’agent en cas d’erreur reste clairement bornée, l’outil restant une aide et non une décision automatisée.
Plan Chèque : la fin programmée d’un mode de paiement et de 2 sites de traitement
Avec 33,2 millions de chèques encaissés en 2025 pour les recettes publiques, la DGFiP vise une division par 4 de ce volume d’ici 2028. Deux échéances structurent ce calendrier : la fin du marché d’externalisation du traitement des chèques le 7 juin 2027, et la fermeture des deux derniers centres de traitement industriel de Rennes le 1er septembre 2027.
Au-delà de l’évolution des applications de paiement (CARA, PAYFIP, HELIOS, ICM, KHQ), ce projet a une traduction humaine directe : la fermeture de sites de traitement à Rennes en 2027 pose la question du devenir des agents concernés. La CFTC DGFiP exige que cette fermeture programmée fasse l’objet, sans attendre 2027, d’un dialogue social transparent sur les reclassements, les mobilités proposées et l’accompagnement individuel de chaque agent affecté.
Ces cinq projets dessinent un même schéma : des réformes ambitieuses, des calendriers pluriannuels qui s’étendent souvent jusqu’en 2027-2029, et une montée en charge de l’intelligence artificielle dans les outils du quotidien. Sur le papier, l’accompagnement des agents est systématiquement mentionné. Dans les faits, c’est la CFTC DGFiP qui sera là pour vérifier que cet accompagnement se concrétise : la CFTC DGFiP qui exigera une formation suffisante, la CFTC DGFiP qui portera en instances le dimensionnement des moyens à la durée réelle des transitions, et la CFTC DGFiP qui ouvrira le dialogue social suffisamment tôt — en particulier lorsque des fermetures de sites ou des réorganisations de services sont en jeu.