La médiation interne à la DGFiP fête ses 10 ans : bilan flatteur, questions qui persistent

La cellule de médiation interne de la DGFiP vient de publier son rapport d’activité 2025. À l’occasion de ce dixième anniversaire, la CFTC DGFiP a lu ce document avec attention. Si le dispositif présente des atouts réels pour les agents, plusieurs points méritent un regard plus affûté que celui que porte l’administration sur elle-même.

Un bilan en forme d’autosatisfaction

Soyons honnêtes : un rapport d’activité rédigé par le service qu’il est censé évaluer n’est jamais tout à fait un document neutre. Celui-ci ne fait pas exception. La tonalité est résolument enthousiaste, les témoignages soigneusement sélectionnés, les chiffres présentés sous leur meilleur jour. Cela ne signifie pas que le dispositif est sans valeur — loin de là — mais cela invite à lire entre les lignes.

Prenons le chiffre mis le plus en avant : le recours à la médiation a quadruplé depuis 2021. L’administration y voit le signe d’une « maturité d’usage ». On peut tout aussi légitimement y voir le reflet d’une dégradation continue des conditions de travail et des relations professionnelles à la DGFiP, dans un contexte de réformes successives, de suppressions de postes, de restructurations à répétition. Quand les tensions explosent partout, il est logique que les dispositifs de gestion des conflits soient davantage sollicités. Ce n’est pas nécessairement une bonne nouvelle.

Ce que le dispositif apporte réellement aux agents

Reconnaissons-le sans ambiguïté : la médiation interne peut être utile, et certains agents en ont bénéficié concrètement. Le rapport recense plus de 12 000 agents touchés en dix ans par une intervention, et affiche un taux d’accord de près de 80 % à l’issue des médiations de conflit. Ce n’est pas rien.

Le principe est solide : un espace confidentiel, fondé sur le volontariat, animé par des tiers neutres et indépendants, pour permettre aux personnes en conflit de se reparler. Pour des agents épuisés par des tensions relationnelles parfois anciennes, cela peut représenter une véritable bouffée d’air.

La médiation de projet — qui intervient en amont des réorganisations pour préparer les équipes au changement — mérite également d’être signalée. En 2025, 7 nouvelles saisines ont été enregistrées pour ce type d’intervention, concernant 277 agents. L’idée d’associer les agents à la transformation de leur environnement de travail va dans le bon sens.

Mais attention à ne pas vendre du rêve.

Ce que le rapport passe sous silence

Des chiffres qui interrogent

En 2025, 35 nouvelles médiations de conflit ont été engagées pour un réseau qui compte des dizaines de milliers d’agents répartis sur tout le territoire. C’est à la fois beaucoup — signe d’une demande réelle — et très peu au regard de l’ampleur des tensions que nous constatons au quotidien dans les services. Combien de situations conflictuelles ne donnent jamais lieu à une saisine, faute d’information, faute de confiance, ou parce que les agents ignorent simplement que ce dispositif existe ?

Le rapport lui-même reconnaît que les interventions ne couvrent que 88 % des directions du réseau. Douze pour cent des directions n’ont donc jamais eu recours à ce dispositif en dix ans. Pourquoi ? Le rapport ne le dit pas.

Des délais qui s’allongent

Un point que le rapport mentionne pudiquement comme « point de vigilance » mérite d’être souligné franchement : la durée moyenne des interventions s’est allongée. Elle est désormais de 4 mois pour une médiation de conflit, et de 6 mois pour une médiation de projet. Quatre à six mois pendant lesquels les agents concernés continuent de travailler — souvent dans des conditions difficiles — en attendant que le processus arrive à son terme. C’est long. Très long.

Une cellule structurellement sous-dimensionnée

Le rapport présente fièrement une équipe de 19 médiateurs pour couvrir l’ensemble du réseau DGFiP. Trois sont à temps plein, seize exercent cette mission en complément de leur activité principale. Face à l’ampleur des besoins — 1 158 jours d’activité recensés en 2025 — on est en droit de s’interroger sur la capacité réelle de ce dispositif à répondre à la demande. Le recrutement annoncé de « 4 à 5 nouveaux médiateurs par an » est-il vraiment à la hauteur ?

La question du coût humain

Le rapport consacre une page entière à valoriser les coûts évités grâce à la médiation interne — 1 million d’euros de dépenses évitées, selon les calculs de la cellule. C’est un argument à double tranchant. Il dit implicitement que le premier critère de valorisation du dispositif est financier. La CFTC DGFiP préfère, elle, poser la question autrement : combien d’agents ont souffert, se sont arrêtés, ont demandé leur mutation ou ont tout simplement abandonné avant qu’une médiation soit seulement envisagée ?

La médiation ne guérit pas les causes

C’est le point sur lequel la CFTC DGFiP veut être la plus claire.

La médiation interne traite des symptômes — les tensions relationnelles, les conflits interpersonnels, les difficultés de communication. Elle ne traite pas les causes : la surcharge de travail, le sous-effectif chronique, les réorganisations imposées sans concertation suffisante, la pression managériale, la perte de sens liée aux réformes successives.

Le rapport cite volontiers des directeurs satisfaits du dispositif. C’est leur droit. Mais il faut aussi nommer ce que cela peut signifier : pour certains encadrants, la médiation interne est un outil commode pour gérer les tensions sans remettre en question les modes d’organisation. Elle peut, mal utilisée, devenir une façon de faire porter aux agents la responsabilité de résoudre des difficultés qui relèvent d’abord de choix organisationnels et managériaux.

La CFTC DGFiP le dit sans détour : aucune médiation ne remplace une politique RH digne de ce nom, des effectifs suffisants, des conditions de travail respectueuses, et un dialogue social de qualité.

Ce que la CFTC DGFiP vous conseille

Si vous traversez une situation conflictuelle au travail, renseignez-vous sur ce dispositif — il peut effectivement vous aider. Mais contactez aussi vos correspondants syndicaux. Ces deux démarches ne s’excluent pas, elles se complètent. Le syndicat peut vous accompagner, vous informer sur vos droits, et porter collectivement ce que la médiation traite individuellement.

Rappelons enfin un point fondamental, que le rapport confirme : la médiation est basée sur le volontariat. Personne ne peut vous y contraindre. Si on vous propose d’y recourir, prenez le temps d’y réfléchir, de vous informer, et n’hésitez pas à solliciter votre section syndicale pour en discuter avant de vous engager.

Pour contacter la cellule de médiation interne : mediationinterne@dgfip.finances.gouv.fr

Pour contacter la CFTC DGFiP : https://www.cftc-dgfip.fr/qui-sommes-nous/en-regions/