Agents sous surveillance ou agents de confiance ?

La Direction générale a récemment rappelé avec fermeté les règles déontologiques applicables aux agents. Si ces principes sont légitimes, leur mise en avant interroge : à force d’insister sur les dérives, ne risque-t-on pas d’affaiblir la confiance accordée à celles et ceux qui font vivre le service public au quotidien ?

Ces derniers jours, la Direction générale a jugé utile de rappeler, avec insistance, les règles déontologiques qui encadrent notre travail. Utilisation des applications, consultation des données, respect du secret professionnel, sanctions disciplinaires, signalement au procureur… le message est clair, appuyé, répété.

Trop peut-être.

C’est à se demander si la Direction générale se fait confiance à elle-même dans les enseignements relatifs à la déontologie qu’elle dispense dans les différents cursus de formation.

Car enfin, à qui parle-t-on ?
Aux quelques agents qui franchiraient la ligne rouge — et qui doivent évidemment être sanctionnés ? Ou à l’immense majorité, qui fait simplement son travail avec sérieux, conscience professionnelle et respect des règles ?

À la CFTC DGFIP, on ne nie pas les principes. Bien au contraire. L’exemplarité, la probité, l’intégrité ne sont pas des mots creux pour les agents. Ce sont des exigences du quotidien, intégrées, vécues, souvent dans des conditions de plus en plus difficiles.

Ce qui est important pour les agents, c’est d’être assurés que ces notions de probité, d’exemplarité, de respect de l’intégrité et les incompatibilités soient comprises et sanctionnées de la même façon quelque soit son grade dans la DGFIP, de l’agent stagiaire au DRFIP.

Mais ce qui interroge, c’est le ton.
Ce qui interroge, c’est cette accumulation de rappels, de menaces, de procédures évoquées, comme si le doute devait primer sur la confiance.

Parce que pendant qu’on martèle les interdictions, sur le terrain, les agents jonglent avec des effectifs réduits, des absences, un turn-over permanent, une charge de travail qui ne cesse d’augmenter. Ils s’adaptent, réorganisent, innovent, tiennent les services à bout de bras.

Et dans ce contexte, on leur rappelle… qu’ils pourraient fauter.

Est-ce vraiment cela, le message prioritaire ?

Oui, il faut protéger les données.
Oui, il faut sanctionner les dérives.
Oui, les violences sexistes et sexuelles doivent être combattues sans aucune tolérance.

Oui il faut sanctionner les transgressions des règles déontologiques.

Mais une administration ne tient pas uniquement par la règle et la sanction.
Elle tient aussi — et surtout — par la confiance qu’elle accorde à ses agents.

Or à force de tout placer sous le prisme du contrôle et de la faute potentielle, on finit par installer un climat qui pèse. Un climat où l’on se sent moins reconnu que surveillé.

Et pourtant, chaque jour, les agents de la DGFiP démontrent leur engagement. Sans bruit. Sans mise en avant. Avec un sens du service public qui ne se décrète pas, mais qui se prouve.

Alors oui, rappelons les règles. Mais n’oublions pas l’essentiel : la grande majorité des agents n’a pas besoin d’être rappelée à l’ordre. Elle a surtout besoin d’être soutenue, reconnue… et respectée.