Enquête informatique 2026 : derrière les « 87 % de satisfaits », des notes qui reculent




L’administration vient de publier les résultats de son enquête annuelle de satisfaction informatique, menée du 2 au 22 juin 2026. La CFTC DGFiP a lu les 54 pages du support. Voici ce qu’elles disent, et ce que la direction générale préfère ne pas mettre en avant.

Quatre notes générales, quatre baisses

La communication officielle retient que 87 % des agents se disent « très ou assez satisfaits » et que l’environnement numérique « satisfait aux besoins des agents ». Le support reconnaît pourtant lui-même des notes « globalement en baisse par rapport à 2025 ». Les quatre indicateurs généraux reculent :

  • informatique en général : 6,5/10 (6,8 en 2025), avec 33 % de très satisfaits contre 39 % ;
  • matériel mis à disposition : 6,9 (7,2) ;
  • applications métiers : 6,1 (6,3), avec 19 % de peu satisfaits contre 16 % ;
  • communication autour de l’informatique : 6,1 (6,3).

Les évolutions négatives perçues progressent aussi : 24 % des agents en constatent sur les applications métiers (20 % en 2025), et 17 % sur l’informatique en général (11 %).

Un échantillon qui ne ressemble pas à la DGFiP

Seuls 23 629 agents ont répondu, soit 26,7 % des 88 466 invités. Trois agents sur quatre n’ont donc pas donné leur avis. Surtout, les répondants ne reflètent pas les effectifs : les cadres A+ et A fournissent 41 % des réponses pour 35 % des agents, alors que les catégories B et C, qui représentent 65 % des effectifs, ne pèsent que 59 % des réponses. La DGFiP le note elle-même (« sur-représentation des réponses des cadres A+ et A »). Les agents de terrain, ceux qui subissent le plus directement les lenteurs et les pannes, sont donc moins entendus dans ces moyennes.

HELIOS et GESLOC : les mêmes outils, les mêmes alertes

Pour la deuxième année consécutive, HELIOS est l’application que les agents veulent voir évoluer en priorité : 4 229 sélections, soit 19,4 % des votants. C’est une application utilisée par 25 % des répondants, et elle n’obtient que 6,4/10, au 38ème rang sur 58. Dans les SGC, trésoreries et paieries, 76 % des agents la citent en premier. La raison principale invoquée est le manque de fonctionnalités (69 %). La DGFiP admet que le poids d’HELIOS tire vers le bas la note de disponibilité de l’ensemble des applications métiers.

GESLOC (dont SURF) ferme la marche : 3,1/10, 58éme sur 58, et 81 % des agents du cadastre la citent en premier. Une progression de 0,9 point par rapport aux 2,2 de 2025 reste une note de 3 sur 10. Les 362 verbatims parlent d’une application « largement non fonctionnelle », d’une lenteur extrême, d’anomalies non résolues et d’un correctif qui, à chaque fois, crée de nouveaux dysfonctionnements. OCAPI (3,6/10) est décrite par les agents comme source d’erreurs, de charge de travail excessive et de « forte démotivation ». AMD (5,1), PAYSAGE et CORE (5,5) ne valent guère mieux.

Les verbatims sur GESTPAS et ADONIS soulèvent un problème plus grave : des incohérences entre les deux applications laisseraient des usagers sans déclaration automatique alors qu’un prélèvement à la source est bien opéré, avec une absence de paiement d’impôt sur plusieurs années à la clé. Ce sont des anomalies qui engagent la qualité du service public et qui retombent sur les agents au guichet.

Documentation et ergonomie : les parents pauvres

Sur l’ensemble des applications métiers, la documentation plafonne à 5,8/10 et l’ergonomie à 6,1, soit les deux plus mauvaises notes de l’enquête, stables d’une année sur l’autre. La disponibilité, elle, recule : 6,7 contre 6,9 en 2025 et 7,0 en 2024. Les agents ne demandent pas de gadgets, ils demandent des outils qui fonctionnent, qui se comprennent et qui ne les font pas perdre de temps.

L’assistance : du très bon travail, porté par l’entraide

Il faut le dire clairement : les agents de l’assistance technique (8,0/10) et des CID (8,1/10) sont très bien notés, et nous saluons leur engagement. Mais ces bons résultats cachent une réalité : face à une difficulté informatique, 42 % des agents sollicitent d’abord un collègue, et 21 % se débrouillent seuls. Près de deux agents sur trois contournent donc l’assistance, d’abord parce que la réponse y est plus rapide (81 % des cas). Seules 30 % des réponses arrivent dans l’heure, et 15 % demandent jusqu’à deux jours ou plus. Quant aux fiches d’auto-dépannage, 31 % des agents les jugent inutiles, car inadaptées ou trop complexes.

Formation et information : le grand décalage

L’intelligence artificielle est le premier besoin de formation (39 %). Pourtant, 79 % des agents n’ont pas pris connaissance du schéma directeur du numérique, la moitié faute de temps. Et 68 % ne consultent pas ou ne connaissent pas le document sur les chantiers informatiques fonctionnels, un chiffre qui monte à 74 % chez les B et 75 % chez les C. Quand l’information descend mal selon le grade, ce sont encore les catégories B et C qui restent à l’écart des évolutions qui les concernent.

Ce que demande la CFTC

Le tract de la CFTC DGFiP sur les systèmes d’information le dit : le numérique doit servir les agents, pas l’inverse. Cette enquête le confirme point par point.

Plus de concertation. Les agents ont fait remonter leurs difficultés. Ils doivent obtenir des réponses : un plan daté et chiffré pour HELIOS et GESLOC, avec un calendrier public de correction des anomalies. Nous demandons aussi un audit des incohérences signalées entre GESTPAS et ADONIS, et la publication des résultats par catégorie, pour mesurer l’écart entre les cadres et les agents B et C.

Plus de formation. Un nouvel outil demande du temps pour être maîtrisé. Les agents placent l’intelligence artificielle en tête de leurs besoins (39 %), et 79 % n’ont pas pris connaissance du schéma directeur du numérique, la moitié faute de temps. Nous demandons que la formation et l’information se fassent sur le temps de service, avec une attention particulière aux agents B et C, qui sont aussi les moins informés des chantiers à venir (74 % et 75 % ne les consultent pas ou ne les connaissent pas).

Plus d’assistance. Quand un système tombe en panne, l’agent doit pouvoir compter sur une assistance réactive. L’AT (8,0/10) et les CID (8,1/10) font un excellent travail, mais seules 30 % des réponses arrivent dans l’heure et près de deux agents sur trois contournent l’assistance, d’abord parce que les collègues répondent plus vite. Nous demandons des moyens à la hauteur pour l’AT et les CID, et des fiches d’auto-dépannage réellement utilisables (31 % des agents les jugent inutiles).

Plus de simplicité. Davantage d’interopérabilité et une meilleure ergonomie. L’ergonomie (6,1) et la documentation (5,8) sont les deux plus mauvaises notes des applications métiers, et GESTPAS et ADONIS ne communiquent pas correctement entre elles. Nous demandons qu’aucune application ne soit mise en production sans fiabilité démontrée, avec les utilisateurs associés aux évolutions.

Plus d’humain. Le numérique ne remplacera jamais l’expertise et le savoir-faire des agents. Cette expertise compense aujourd’hui les défaillances des outils : c’est l’entraide entre collègues qui fait tenir le dispositif. La modernisation informatique ne doit pas devenir un prétexte supplémentaire à la réduction des effectifs. Le temps gagné par l’automatisation doit être réinvesti dans les missions, l’accueil, l’accompagnement des contribuables, le contrôle et l’expertise. La CFTC DGFiP refuse que les gains de productivité soient systématiquement transformés en suppressions d’emplois.

Une cybersécurité qui ne repose pas sur les seuls agents. 86 % des agents estiment que la sensibilisation à la cybersécurité les aide à protéger leur usage privé, et la formation reste le moyen jugé le plus efficace, en ligne (34 %) comme en présentiel (33 %). Mais la sécurité informatique ne doit jamais reposer uniquement sur la vigilance individuelle : elle exige des moyens suffisants, des outils fiables et régulièrement mis à jour, et une vraie prévention des risques.

Modernisation, oui. Déshumanisation, non !

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